Notre scanner tourne depuis avril. Il a analysé 1 068 sites entre le 11 avril et le 5 septembre 2026, et je publie aujourd’hui ce qu’il en ressort, sous la forme d’un baromètre que je compte tenir tous les trimestres.
Le chiffre de tête : au moins 12,9 % de ces sites chargent des cookies traceurs sans consentement valable. Soit qu’aucun bandeau n’apparaisse alors que des traceurs sont déposés (12,3 %), soit qu’un bandeau soit là mais que les traceurs partent avant que le visiteur ait choisi (5,3 %). Réunis par site, parce que quarante-quatre sites cumulent les deux.
Pourquoi ce chiffre-là et pas un autre
J’avais d’abord deux titres, et tous les deux étaient faux.
Le premier annonçait que 13 % des sites testés n’avaient aucun document légal. En vérifiant, ce 13 % s’est révélé être notre propre plafond de score : notre scanner plafonne à 45 sur 100 tout site sans page de politique de confidentialité, quels que soient ses autres mérites. Quarante pour cent des sites récents atterrissent sur cette valeur exacte. Ce n’est pas une distribution, c’est un plafond, et sa moyenne ne veut rien dire.
Le second comparait la France et l’Allemagne : 65 % contre 20 % de sites sans page de politique de confidentialité. Quarante-cinq points d’écart, ça fait un beau titre. Sauf que notre scanner détecte des pages, pas des clauses. Un site français qui informe ses visiteurs à l’intérieur de ses mentions légales, ce qui est la convention chez nous, est compté comme n’ayant pas de politique de confidentialité. L’article 13 du RGPD exige pourtant que l’information soit fournie, pas qu’elle ait sa propre page. La convention allemande étant la page séparée, l’écart mesure surtout nos deux façons de présenter la même information.
Ce qui a achevé de me convaincre : les deux indicateurs qui ne dépendent pas de la mise en page ne montrent que 4 et 5 points d’écart entre les deux pays. Un écart de 45 points sur le seul indicateur sensible à la présentation, c’est la signature d’un défaut d’instrument, pas d’une différence de pratiques. Je ne publie donc aucune comparaison entre pays cette fois-ci, et je corrige le scanner avant la prochaine édition.
Les documents, avec leur réserve
Sous cette réserve, et en reprenant le libellé exact de l’outil plutôt qu’une interprétation :
- 46,3 % des sites : aucune page de politique de confidentialité détectée
- 40,5 % : aucune page de politique cookies détectée
Ces deux chiffres surestiment probablement le problème réel, pour la raison expliquée plus haut. Je les publie quand même, parce que les taire aurait été choisir de ne montrer que ce qui m’arrange.
Ce que je ne sais pas
Une statistique reprise sans sa méthode est une statistique que personne ne peut défendre à ma place. Donc, ce que ce baromètre ne peut pas dire :
L’échantillon n’est pas représentatif. Ce sont des sites dont quelqu’un est venu tester la conformité, donc des gens déjà inquiets de la leur. Aucun redressement n’y changerait rien, et c’est pour ça que la formulation exacte est « sur 1 068 sites soumis à notre scanner », jamais « X % des TPE européennes ».
Notre détection du pays se trompe dans 8,5 % des cas vérifiables. Je le publie parce que c’est ce qui m’a fait retenir le domaine national plutôt que l’inférence.
Le scanner a changé au milieu de la période, le 19 juillet. Chaque taux publié a été vérifié stable de part et d’autre de cette bascule ; ceux qui ne l’étaient pas ont été retirés plutôt que moyennés — un taux qui bouge de vingt points entre deux versions de l’outil n’est le chiffre d’aucune des deux moitiés.
Le jeu de données est ouvert
Les chiffres agrégés sont téléchargeables en JSON, avec la méthode dans le fichier. Aucune donnée nominative n’en sort : ni domaine, ni adresse, ni société.
Prochaine édition en décembre, avec la part de marché réelle des plateformes de consentement chez les petits sites — une mesure que personne ne publie parce que les études existantes portent sur le million de sites les plus visités, c’est-à-dire pas sur les nôtres.
Si vous voulez savoir où en est votre propre site, le scanner est gratuit. Et si le sujet des traceurs vous intéresse, j’ai détaillé ailleurs les 37 traceurs qu’une bannière doit bloquer et ce que risque un site sans politique de cookies.
Yann